Ce projet est lauréat de l’Appel à Projets de Recherche TEES (Transitions Économiques Écologiques et Sociales) de l’ADEME
Contexte
Partant d’une critique de l’imaginaire des modèles d’architecture réseaux, ce projet interroge le modèle dominant du grand réseau centralisé et contribue à nourrir un débat collectif sur les transformations des infrastructures de distribution électrique qui restent un point aveugle des scénarii de prospective.
Alors que la question de la production électrique est entrée dans le débat public (cf. rapport RTE 2021), d’autant plus depuis le vote de la loi APER et l’identification de zones d’accélération de production d’énergies renouvelables dans chaque commune française, les réflexions sur le modèle de l’architecture des réseaux transport et distribution restent mineures.
Le consortium de recherche fait le choix de confronter les méthodes des sciences sociales, dotées de leurs qualités analytiques, critiques et créatives, aux méthodes du génie électrique, cadrées par les lois et les contraintes de la physique et la matérialité des infrastructures et des flux d’énergie. En partant de la situation de territoires situés en dehors (Hautes-Alpes) ou aux extrémités (Bretagne) des grands réseaux centralisés, nous souhaitons susciter une réflexion sur la distribution électrique décentralisée.
Objectifs
Dans une approche utopique et fictionnelle, en mobilisant l’histoire des établissements locaux de distribution électrique (ELD), l’ambition de ce projet est de co-construire à partir des territoires, d’autres imaginaires réticulaires en intégrant les enjeux de sobriété et de transition infrastructurelle.
Ce projet présente plusieurs caractères innovants. Le premier repose sur l’usage de l’utopie comme méthode de construction de récits alternatifs permettant d’appréhender la diversité des mutations constitutives des transitions infrastructurelles. Le deuxième consiste à inverser le regard habituellement utilisé dans les scénarii de prospective, en questionnant l’adaptation du réseau centralisé depuis ses marges. Le troisième porte sur la mise en œuvre d’une approche associant pluridisciplinarité (croisement entre sciences sociales, philosophie politique et ingénierie électrique) et méthode participative, mobilisant les acteurs locaux dans la co-construction des récits alternatifs.
Déroulement
Le projet InfraFuturs revendique une approche pluridisciplinaire, expérimentale et participative. Il vise à établir un lien entre le génie électrique et les sciences sociales appliquées à l’aménagement en intégrant les dimensions spatiales et socio-environnementales souvent ignorées par les recherches en génie électrique, afin de mieux appréhender les relations réciproques entre infrastructures techniques et territoires. Dans une démarche de recherche action, nous mobiliserons une approche de “prospective-utopique” s’appuyant sur la construction de scénarii afin de déverrouiller certaines doctrines du génie électrique. La recherche s’appuie sur deux cas d’étude, des territoires dont la situation aux marges du grand réseau centralisé et la trajectoire constituent une opportunité pour ouvrir une réflexion sur les capacités de transition infrastructurelle locales. Une entreprise locale de distribution : Énergie, Développement, Service du Briançonnais ; Une commune, Mellionnec et une intercommunalité : la Communauté des Communes du Kreiz-Breizh.
Le Lot État de l’art, état des lieux sera focalisé sur l’analyse de la gestion décentralisée de la distribution électrique en France à partir du cas de quelques ELD et sur une analyse des représentations et des doctrines du grand réseau centralisé.
Le Lot Diagnostics et portraits territoriaux consistera à réaliser en parallèle sur les deux terrains d’étude : un diagnostic territorial et des portraits électriques en mobilisant les compétences en génie électrique des membres de l’équipe, une cartographie des controverses énergétiques, ainsi que l’expertise d’action d’une dizaine d’acteurs-clés impliqués dans l’action et la gouvernance énergétiques locales (entretiens semi-directifs).
Le Lot Construction des futurs alternatifs permettra de créer des fictions électrico-territoriale, via des ateliers et un travail de représentation avec des architecte-urbanistes dans une démarche de recherche par le projet.
Les résultats attendus comprennent l’analyse de l’aménagement et de la réticularisation des territoires d’étude ainsi qu’une mise en perspective historico-juridique de certaines pratiques de génie électrique suivi de l’élaboration de scénarii dessinés de réseaux électriques alternatifs pour les territoires étudiés, contribuant à de nouvelles perspectives en génie électrique.
Application et valorisation
La stratégie de valorisation scientifique des résultats prendra plusieurs formes :
- Publication d’un ouvrage restituant les fictions territoriales et la production graphique via des cartes, croquis, photographies ;
- Publication d’au moins deux articles scientifiques dans des revues à comité de lecture reconnues ;
- Participation à des colloques et séminaires notamment en aménagement et en sciences politiques ;
- Organisation de séminaires : trois demi-journées de séminaire public de restitution à Paris (ENSA Paris-Malaquais), et dans chacun des terrains.
Durée
Janvier 2025 – Décembre 2026 (24 mois)
Équipe de recherche
Fanny Lopez (coordinatrice), Matis Eugene Maestracci, Pierre-Thomas Demars, ENSA Paris-Malaquais, Laboratoire Infrastructure Architecture Territoire
Caroline Gallez, Université Gustave Eiffel, Laboratoire Ville Mobilité Transport
Barbara Nicoloso, Thelma Vedrine, Virage Énergie
Alice Carabédian, philosophe, spécialiste de science-fiction
